Les années Genroku (1688-1704) qui témoignent d'un âge d'or artistique, virent naître un style qui persista jusqu'au milieu du 18e siècle. Les épouses et les filles de la richissime classe marchande des villes dépensaient des sommes faramineuses pour acquérir le kimono de leur choix. Broderies, tissages précieux et techniques tinctoriales nouvelles avaient alors atteint leur apogée et les représentations d'images peintes (estampes) par des artistes connus et à la mode relayaient cet engouement.


ÉVOLUTION DU KOSODE
ères Genroku (1688-1704) et Kyôho (1716-1735)

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La plus grande partie des motifs des kosode apparaissait sur le devant, les épaules et le bas du vêtement. Des objets usuels (chapeaux, clôtures, rideaux, instruments de musique, bateaux…) devinrent des motifs populaires. L’élargissement du obi commença à cette époque et passa de 5 à 20 cm, ce qui coupait les motifs du dos.
Les fabricants prirent donc l’habitude de répartir les motifs et parfois même de ne décorer que la partie inférieure du vêtement, laissant le centre vide.
La sobriété du
obi atténuait l'ensemble et apportait sa touche d'élégance. De nouvelles techniques de teintures firent leur apparition (yûzen some) et connurent une grande vogue auprès des femmes de la classe marchande jusqu'au début de l'ère Genroku (vers 1690).
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Portrait de jeune fille de la classe bourgeoise aisée (1684-88). La coiffure et le
kosode sont caractéristiques du début des années Genroku. Les motifs (fleurs de cerisiers et chrysanthèmes) sont disposés sur 3 niveaux: épaules, bas des manches qui sont arrondie et bas du kosode.
Le
obi noué à l'arrière s'est élargi et les 2 extrémités retombent de chaque côté.
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Petites roses (yamabuki) et palissade de bambou.

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Tachibana (orange sauvage), fleurs de prunier, chrysanthèmes et pins.

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Pivoines et palissade

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Camélias en fleurs et palissade

TEINTURE YÛZEN
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Le terme de yûzen-some vient du nom de son inventeur Miyazaki Yûzensai, un peintre sur éventails et kimono actif à Kyôto entre 1684 et 1703.
L'originalité de ce procédé venait de ce qu'il permettait d’obtenir des couleurs jamais obtenues avec les techniques précédentes. Ici, on « teignait en peignant » : la teinture était appliquée sur le tissu et le résultat évoquait une peinture. Dans un recueil de 1688 intitulé "Modèles pour yûzen"
Hinakata yûzen, il est dit de lui: "Il respecte le style ancien et s'accorde au raffinement et à l'élégance de notre époque". Les motifs de type yûzen (floraux notamment) se répartissaient sur toute la surface du kosode. La technique n'est donc pas nouvelle. En effet, la teinture sur réserves remonte à l'époque de Heian et permet d'obtenir un dessin précis.
Le dessin préparatoire est tracé avec un colorant végétal qui délimite chaque couleur et qui peut s'effacer puis on recouvre le dessin de colle d'amidon ou de gomme. Au rinçage, ne restent que les tracés séparant chaque couleur. On applique les couleurs au pinceau dans les contours puis on les fixe à la vapeur.
Les possibilités offertes par ces nouveaux procédés permirent l'utilisation d'une gamme élargie de couleurs et de dégradés. Puis, l'ensemble du décor est recouvert de colle et on procède à la teinture du fond. Le tout est ensuite rincé à grande eau pour éliminer colle et colorant. Le tissu est lissé à la vapeur et il est alors possible de rajouter quelques broderies qui passent en second plan. Le choix des thèmes s’élargit et les combinaisons devinrent plus complexes.
Cette mode influença l’ornementation des
kosode et réduisit considérablement les prix de fabrication à une époque où les teinturiers rivalisaient pour mettre au point des techniques susceptibles d’élargir les perspectives picturales de leur profession.
Toutefois, sans jamais disparaître, le
yûzen-some passa vite de mode à la faveur de nouveaux motifs dont la demande ne fit que s'accroître. L'attention fut alors portée sur le style des motifs kôrin (kôrin-moyô) dûs au peintre Ôgata Kôrin (1658-1716), actif à Kyôto. Son style simple et généreux à la fois une fois reproduit sur les kimonos plut d'emblée et cet enthousiasme ne se limita pas seulement aux kimono qu'il avait ornés lui-même mais se poursuivit bien au-delà de sa mort, et même après l'ère suivante de Kyôho (1716-35) sans faiblir.
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Rubans et noeud noshi

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Course de chevaux au sanctuaire Kamishimo

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Kosode peint par Kôrin lui-même pour l'épouse d'un riche marchand de bois d'Edo, orné d'herbes et de plantes d'automne. Un espace vide est laissé pour l'emplacement du obi.
KOSODE DE LA CLASSE BOURGEOISE
Les kosode des femmes des classes guerrières et bourgeoises évoluèrent différemment à partir de cette époque.
Les femmes aisées de la classe marchande remplacèrent les satins de leurs vêtements par de la soie chirimen qui mettaient mieux en valeur les motifs obtenus par les nouveaux procédés de teintures (en dehors toutefois de leurs vêtements d'été). Grâce aux progrès de la teinture yûzen, les motifs occupèrent la surface du kosode à la manière d'un tableau. De plus, les voyages, qui étaient très à la mode au milieu du 18e siècle, favorisèrent cet engouement pour les paysages et l'on vit apparaître sur les vêtements de véritables scènes de paysages célèbres.
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Vues de Kyôto

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Glycines, aiguilles de pin et cloison de papier

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Ces petits carnets hinagata qui étaient l'équivalent de nos magazines de mode actuels donnent une idée précise de la mode à l'époque d'Edo. Les premiers carnets d’échantillons apparurent avec des motifs de plus en plus variés qui figuraient en association (moineaux et bambous par exemple) ou en relation avec des thèmes imaginaires, tirés de contes ou de poésies japonaises ou chinoises. Sur chaque page, un motif était imprimé en noir et blanc.
LES RESTRICTIONS DE L'ÈRE KYÔHO (1716-1735)
Au cours de l'ère suivante (Kyôho, 1716-1735), les lois somptuaires instaurées auparavant semblèrent peu efficaces face au pouvoir économique de la classe marchande. Le 8e shôgun Tokugawa Yoshimune tente de remédier aux difficultés économiques et sociales qui duraient depuis la fin du 17e siècle en adoptant plusieurs réformes visant à à rationaliser les dépenses. Les tissus et les vêtements n'échappent pas à ces mesures restrictives et deviennent plus sobres.
Les teintures
yûzen se diffusaient un peu partout et une nouvelle disposition des motifs, très en vogue, ornait le kimono à partir de la taille jusqu'à l'ourlet alors que le haut du vêtement restait uni. Cette mode perdurera jusque dans les années 1740.

Le
obi se porte plus large et plus long, permettant ainsi de nombreuses variations dans la manière de le nouer. Ce sont encore des acteurs de kabuki (onnagata) qui lanceront les modes, reprises ensuite avec engouement par les jeunes filles.
Les coiffures nouées ou en chignon sont alors à la mode dans de nombreuses variantes. Commencent à apparaître toutes sortes d'ornements, d'accessoires et d'astuces pour les maintenir en place. Le chignon noué à l'arrière est né au cours de ces années.
KOSODE DE LA CLASSE GUERRIÈRE
Face aux femmes de la classe bourgeoise, éprises de nouveautés et qui furent les premières à préférer et à adopter les nouvelles techniques de teintures, les femmes de la classe des bushi (guerriers), de tendance plutôt conservatrice, réagirent tardivement aux nouvelles modes. Conscientes de la supériorité de leur statut social, elles résistèrent certainement à une mode qui ravissait les femmes de classes inférieures. L'évolution de leur kosode poursuivit deux tendances jusqu'à la fin du 19e siècle.

Jusque dans les années 1715, les motifs dorsaux des
kosode furent apposés sur le côté droit, laissant un espace vide plus ou moins large au niveau de la taille et sur la gauche. Un des motifs traditionnels très apprécié représentait un arbre (prunier, cerisier, pin...) sur la droite. Notons que le même thème ornait également les kosode des femmes de marchands mais sur de la soie chirimen et teint selon le nouveau procédé yûzen.

Vers les années 1710, les motifs migrèrent vers le haut et le bas du dos du
kosode. Les motifs du haut montrèrent tout d'abord des similitudes avec ceux du bas puis peu à peu, ils se différencièrent complètement. Cette nouvelle tendance, très en vogue dans les années 1720, se retrouve à nouveau sur les kosode des femmes de la classe bourgeoise. La raison de ce choix fut certainement dictée par la largeur des obi en vigueur en ce début de 18e siècle.
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Jusqu'au début du 18 siècle, les motifs dorsaux étaient disposés sur le côté droit (ici, de grandes fleurs de chrysanthèmes).
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Originalité des motifs avec un prunier en fleurs placé sur la droite associé à des vantaux en croisillons de fenêtres.
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Érable sur le côté droit et feuilles d'automne réparties sur toute la surface. Une suite de kanji brodés disposés dans le dos et à l'avant forment un poème (1211) à la gloire de l'automne.
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Cascade, eau vive et érables

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Tonnelle de glycines et eau vive avec iris: les motifs migrent vers le haut et le bas.
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Glycines, palissade de bambou et barques
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Un acteur de kabuki, dans un rôle de femme (onnagata) porte une coiffe (birari-bôshi) et un kosode à la mode au début du 18e siècle. Ici, la répartition des motifs divise le kosode en deux parties: ils se situent sur la moitié inférieure, en partant de la taille jusqu'à l'ourlet alors que la partie supérieure au-dessus du obi reste unie. Cette mode perdurera jusqu'au milieu du 18e siècle. Comme souvent, ce sont des courtisanes qui, les premières, ont lancé ce style, très vite adopté par de nombreuses femmes.
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Courtisane vêtue dans le style d'une servante employée dans une résidence de l'élite guerrière. Le obi est noué à l'avant (hasami-musubi) avec une partie replié à l'intérieur. Le style de la coiffure perdurera jusqu'à la fin Edo.
ÉLÉGANTES ARISTOCRATES
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Éventails en cyprès, clématites et bambous.




Certains motifs de
kosode de l'aristocratie comme les éventails pliants en bois de cyprès, les chariots fleuris ou les rideaux de bambous décoratifs évoquent aussitôt cet âge d'or de l'histoire du Japon et la culture de cour de la période de Heain. Pendant la période d'Edo, les ornements classiques ne sont pas délaissés mais font place aussi aux préférences de chacune et aux thèmes en vogue.
MARCHANDS CITADINS, PAYSANS ET PÊCHEURS
A cette époque, la laine n’était pas encore utilisée et le port de la soie de même que les motifs trop voyants furent interdits par des lois somptuaires (1683, 1689 et 1721) édictées par le gouvernement shôgunal. Seuls les guerriers étaient autorisés à porter le habutae (lourd kimono en taffetas). Les gens du peuple portaient au quotidien des vêtements de coton ou de lin.
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Servante de la fin Edo avec un kosode rayé en coton et un obi noué dans le dos.
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Marchand aisé qui porte un kosode et un haori en papier washi traité et doublé de soie.
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La cape a été introduite par les Portugais, fin 16e. Elle est portée sur un kosode dont le bas été relevé pour faciliter la marche et le travail.
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Look iki (élégant, branché, chic…) et un rien provocant d'un marchand aisé du milieu des années Edo qui a retiré un côté de son kosode et de son haori pour montrer son juban en papier washi (traité pour pouvoir en faire des vêtement) orné de ôtsu-e.
Les lois somptuaires avaient beau interdire les vêtements luxueux, elles furent vite détournées: en effet, le luxe devenait désormais invisible aux yeux de tous et se portait sur les sous-vêtements et les doublures de haori par exemple.