"Comme elle tournait le coin de la rue, elle vit venir à elle une geisha habillée en costume de soirée, le long kimono d'apparat retroussé et le bord du jupon rouge flottant au vent du soir."
Nagaï Kafu
, "Voitures de nuit"


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Le juban est un sous-kimono qui a presque la même forme qu’un kimono et qui est l’équivalent des combinaisons ou des jupons que l’on peut porter sous une robe. Il protège du froid, se porte par-dessus les sous-vêtements et fait partie de la tenue traditionnelle des hommes et des femmes. Il peut être doublé (entièrement ou partiellement) ou non.
Son entretien est plus facile et moins onéreux que celui d’un kimono, on peut donc le nettoyer soi-même lorsqu’il est taché. De plus, le seul changement de couleur ou de motifs du col amovible redonne un coup de neuf à l’ensemble de la tenue. Grâce au
juban, le tissu du kimono tombe mieux et glisse plus facilement avec les mouvements ou à la marche. Il s’agit aussi de protéger le kimono de tout contact direct avec la peau.
Le
juban n’est visible qu’au niveau du col et de l’ouverture des manches, c’est peu mais c’est LA touche colorée et élégante qui change tout (pour les femmes en tout cas, car les manches des kimonos masculins sont fermées) !

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L’origine du mot « juban » est portugaise (jibao).
Au milieu du 16e siècle, le christianisme s’implanta au Japon avec la venue de François-Xavier. En 1582, une ambassade de 4 jeunes gens fut envoyée à Rome et c’est 8 ans plus tard, au cours de leur voyage de retour, lors d’une escale à Goa, qu’ils reçurent en présent des «
 jibao ».
Le « 
jibao » était alors une chemise de corps assez courte qui permettait aussi de fixer les fraises, sorte de collerettes blanches très en vogue à l’époque. Ces chemises furent très vite adoptées par les Japonais non sans avoir été judicieusement adaptées pour pouvoir être portées avec un kosode.


A l’origine, le
juban était donc court (« han juban »). C’est seulement à la fin du 17e siècle (dans les années Genroku) que les courtisanes des quartiers de plaisir commencèrent à porter des juban longs (« naga juban ») rouge vif en soie, en chirimen, en satin... qui pourraient s’apparenter à la lingerie fine portée de nos jours et qui provoquèrent l’enthousiasme des clients.
Dans les années 1830-44, on appliqua au
juban les mêmes techniques tinctoriales que celles des kimono.
La richesse et la variété des tissus, des motifs et des broderies s’amplifia à partir de la fin du 19e siècle. Mais avec les restrictions imposées par la seconde guerre mondiale, la promulgation de la loi somptuaire du 7 juillet 1940 interdit la fabrication des luxueux kimonos et juban.


Apparurent alors de judicieux montages: on recycla les
juban d’autrefois en utilisant la soie seulement pour les parties visibles (manches, col) alors que la partie invisible était confectionnée dans des matières textiles ordinaires (mousseline de laine).
Avec la fin du conflit, l’industrie textile se remit en marche mais les matières principales utilisées restaient encore la laine et la mousseline de laine. C’est à la fin de l’année 1945 que les régions nord du Japon commencèrent à produire une sorte de soie satinée (
kita-rin) qui remporta un vif succès. Ces tissus unis puis teints dans des tons pastels furent en vogue dans tout le pays. Les techniques de tissage et de teinture élaborées et coûteuses d’avant-guerre réapparurent dans les années 1960.

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Les
juban s'adaptent aux saisons et aux occasions tout comme les kimonos.
Le choix du tissu, des motifs et des couleurs est parfois imposé:
- un
juban blanc uni est de règle avec un kimono de cérémonie kuro-tomesode très officiel, un irotomesode, et un kimono noir de deuil pour des funérailles.
- avec un kimono très habillé (
hômongi, tsukesage), les teintes pastels à motifs ton sur ton peu voyants sont recommandées. Le juban doit paraître uni.
- avec un kimono ordinaire porté au quotidien, tout ou presque est autorisé: coloris pastels ou vifs, motifs discrets ou voyants...

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NAGAJUBAN (juban longs): les saisons dictent leurs règles
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On distingue le
juban awase qui est entièrement doublé et qui se porte pendant la saison froide de novembre à avril. De nos jours, les maisons japonaises étant mieux chauffées, un nouveau type de juban plus adapté et plus confortable a fait son apparition: seule les manches sont doublées, le reste n'est fait que d'une seule épaisseur.



Le juban hitoe n'est pas doublé et se porte en mai-juin et en septembre-octobre. Les matières employées sont les mêmes que celles du juban awase (soie, étamine de laine et toute la gamme des nouvelles matières synthétiques comme les nombreuses variétés de polyester, la viscose et autres fibres mélangées), très agréables à porter, lavables et qui peuvent facilement être confondues avec de la soie. De plus, ces matières fluides et soyeuses avec peu d'électricité statique permettent au kimono de glisser sans "coller".

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Le
juban d'été léger n'est pas doublé et parfaitement adapté aux étés chauds et humides. Il se porte de la mi-juin à la mi-septembre. Les tissus utilisés sont les différentes soies ajourées (ro et sha), le lin et les autres tissages aérés adaptés.




Une variante du juban long se présente en 2 parties séparées: une chemisette à manches longues et une sorte de jupon droit porté très près du corps. Dans ce cas également, les tissus sont adaptés et confortables (souvent de fines cotonnades).

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Comme son nom l'indique, le
uso-tsuki juban (juban menteur) a un truc: les manches longues indépendantes s'adaptent sur une chemisette (cousues ou avec pression). Le tissu de ces manches est souvent recyclé à partir de tissus de kimonos ou de juban anciens. Grâce à cette astuce, il est dorénavant possible de changer les manches aussi souvent qu'on le souhaite. L'illusion est parfaite. Notez qu'ils ne se portent jamais avec des kimonos de cérémonie.