Sous l'influence d'une ancienne croyance selon laquelle un lieu d'habitation était pollué par la mort, lors du décès d'un souverain, son successeur avait coutume de s'établir dans un nouveau palais de sorte que le centre du gouvernement se déplaçait d'un endroit à l'autre.
Ainsi au début du 6e siècle, l'habitat de la Maison impériale et la demeure des étrangers naturalisés venus du continent asiatique se trouvait à Asuka (593-710), un village de la plaine de Yamato.
En 710, la cour se transporta à Nara (710-794).

PÉRIODE ASUKA (593-710)
À la fin du 6e siècle, la cour du Yamato semble avoir adopté une politique d'imitation des institutions continentales dans le but de rehausser son prestige, voire d'égaler la Chine. En 592, le clan Soga dominait la cour et imposa l'adoption définitive du bouddhisme. Il choisit une femme pour souverain, connue sous le nom de Suiko-tennô.
Au cours de cette période, la noblesse adopta de longues robes très en vogue à la cour chinoise et qui furent à l'origine du kimono. Parallèlement à cette hiérarchisation du costume, des règles relatives au choix des couleurs se mirent en place permettant ainsi de déterminer le statut social de celui qui les portait. Un Bureau impérial des Teintures fut inauguré vers 701.
COSTUMES DE COUR SOUS L'IMPÉRATRICE SUIKO (554-628)
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L'impératrice Suiko est la fille de l'empereur Temmei et la première femme à occuper la position d'empereur du Japon (592-628). En 603, elle transfère le siège du pouvoir à Asuka. C'est sous son règne que le Japon fit les premiers pas décisifs vers la constitution d'un État organisé à la chinoise.
Le prince héritier Umayado (connu sous le nom de Shotoku-taishi) fut chargé des affaires du pays.
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Hommes et femmes portent le hô (ou ue no kinu), sorte de robe aux manches très longues, serrée à la taille par une longue ceinture (nagahimo) et rallongée par une pièce de tissu (ran) dont la bordure est ornée de brocart. Le vêtement du dessous (shitagasane, nai.i) dépasse au niveau des manches. Sous le des femmes, on devine une jupe plissée hirami de longueur moyenne qui dépasse légèrement. Une seconde jupe plissée longue cette fois et appelée mo complète l'ensemble.
Les femmes ne portent aucune coiffe et leurs cheveux sont noués dans le dos.
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Comme pour le féminin, il est serrée à la taille par une longue ceinture (nagahimo) et le hirami, une jupe plissée de longueur moyenne d´passe légèrement. Les manches sont très longues. En-dessous de celle-ci, les hommes portent un hakama au revers rouge vif. La coiffe, la robe et l'ouverture des manches sont bordés de brocart.
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En 603,
Shotoku-taishi crée un système de douze rangs kan.i.jûnikai qui permet de rendre visible la hiérarchie des ministres et autres officiers dans les séances de la cour, grâce au port de coiffures et d'ornements de couleur différente plus ou moins foncées selon leur rang. Il vise à démontrer que les charges n'étaient pas occupées de droit mais par la volonté du souverain. Elle souligne également le goût des Japonais pour les distinctions de rang que les voyageurs Chinois avaient déjà notées.
Shotoku aurait ainsi tenté d'introduire au Japon la notion de recrutement et d'avancement selon le mérite et non sur l'hérédité.
Chaque rang se distingue par un degré plus ou moins élevé en fonction des 5 vertus principales confucéennes:
. toku, la vertu
. nin, la bienfaisance
. rei, le sens du protocole
. shin, la probité
. gi, l'équité
. chi, la sagesse
Ce système des douze rangs sera aboli en 702 et remplacé par une nouvelle échelle de neuf rangs comportant 30 échelons.
COSTUMES DE COUR SOUS L'EMPEREUR TEMMU (673-686)
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Personnage hors du commun, son oeuvre est à la base de l'État antique japonais car elle a fait aboutir la processus de modernisation sur le modèle chinois et elle a pris soins de maintenir les traditions indigènes.
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La coiffe de ce fonctionnaire civil est en soie tissée et laquée. La robe à col rond (hoeki no hô) est prolongée par une pièce de tissu sur le bas (ran) et se ferme croisée et nouée au niveau du col par un cordon rouge. Le pan droit est placé au-dessus (hidari-mae), un signe de barbarisme pour les Chinois. Le vêtement clair du dessous (nai.i) montre des manches très longues et dépasse en bas (hida) sur un hakama blanc.
Cette femme de la noblesse porte un
par-dessus un vêtement blanc (nai.i), noué au col et croisé devant, le pan droit placé au-dessus (hidari-mae). Il est prolongé par une pièce de tissu rapportée (ran) cousue à l'horizontale. La longue jupe rayée et colorée se termine par une bordure de tissu plissé (higakazari). L'ensemble est maintenu en place par une longue ceinture. La longue chevelure des femmes et ramenée vers le haut pour former une sorte de chignon sur la nuque.
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Une des fresques murales qui ornaient le tertre funéraire Takamatsu-zuka kofun à Asuka, montre 4 dames de la cour impériale vêtues à la mode chinoise de l'époque des Tang. Cet ensemble pictural unique au Japon fut réalisé à la fin du 7e siècle ou au tout début du 8e.
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Détails du mandala "Tenjukoku Shûchô", l'exemplaire de textile brodé le plus ancien du Japon (622) et créé en l'honneur un prince Shôtoku qui a largement contribué à la diffusion de bouddhisme.
PÉRIODE DE NARA (710-784)
Les relations officielles avec la Chine ont été poursuivies tout au long du siècle. La culture de cette époque, qui est surtout le fait de l'aristocratie et des moines, s'épanouit dans tous les domaines de la civilisation continentale qui étaient entrés au Japon dans les siècles précédents. Par l' intermédiaire de la Chine et de la Route de la soie, le Japon a absorbé des thèmes, des motifs, des idées…venus de l'Inde, de la Perse ou de la Grèce. Le costume et les accessoires (bonnet, ceinture, insigne de dignité) suivaient les modes chinoises jusque dans la façon de croiser les pans du vêtement.
En 718, le Code de lois de l'ère Yôrô (yôrô ritsuryô), qui constituait la législation fondamentale de l'état japonais au début de cette période, se composait de chapitres relatifs aux rangs et fonctions, aux affaires des dieux, aux études, aux choix des fonctionnaires et... aux costumes. Le vêtement et les accessoires (bonnet, ceinture, insigne de dignité) suivaient les modes chinoises jusque dans la façon de croiser les pans du vêtement.
Il y était spécifié par exemple que les deux pans du vêtement devaient se croiser sur le devant en plaçant impérativement le côté gauche par-dessus le côté droit, selon la mode chinoise (coutume encore en vigueur de nos jours mais pour d'autres raisons). L'inverse était considéré par les Chinois de l'époque comme une marque de facilité et de barbarisme.
Les vêtements réservés aux nobles, aux hauts dignitaires et aux fonctionnaires répondaient à des règles très précises. Les éléments de la mode masculine et féminine commencèrent à diverger au cours de cette période.
FEMMES DE L'ARISTOCRATIE
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Selon le Code de lois Yôrô, les femmes de l'aristocratie du 4e rang devaient se coiffer à la mode chinoise (hôkei) et ajouter des accessoires d'or et d'argent. Le maquillage est également à la mode chinoise (Tang): "l'oeil est dessiné allongé, les sourcils, accentués et arqués, sont fortement soulignés d'un noir fabriqué avec de la pelure de châtaigne, du charbon de paulownia ou un mélange de fleurs brûlées, de poudre d'or, de suie et d'huile de sésame" (D. Buisson). Le visage, recouvert de fard blanc (oshiroi) et rouge sur les joues que l'on aime rebondies, est rehaussé de mouches de fard rouge, vert ou violet appliquées entre les sourcils et de part et d'autre de la bouche (kaden). Les lèvres sont violet foncé.
La robe à manches larges (
ôsode) se portait sur une autre robe (nai-i) de même couleur. Le long "tablier" plissé (mo), porté à l'arrière, présentait un harmonieux dégradé de vert, rose et rouge orné de motifs teints selon la technique shibori. Le mo était doublé d'une autre jupe bleu ciel et maintenu en place par une ceinture de brocart. Les chaussures (sekinokutsu) étaient surélevées. Une longue étole (hire) complétait la parure.
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Les femmes de la cour se paraient aussi de tenues réalisées dans des tissus colorés et tissés de motifs classiques: un haut sans manches (uwagi) par-dessus une robe aux manches très longues qui cachaient les mains (kinu) et une jupe plissée mo. Une ceinture de brocart rehaussait l'ensemble. Autour de leurs épaules pendait une longue écharpe (hire).
(Reconstitution de costumes par le Kyôto someori bunka kyôkai)
COSTUMES DE COUR MASCULINS
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En 718, les costumes officiels des fonctionnaires civils portés lors de cérémonies exceptionnelles (intronisation, rituels du Nouvel an…) ont également été modifiés dans le style des costumes de la cour des Tang (608-907), une transmission qui se poursuivra longtemps. Ce haut dignitaire du 2e rang est coiffé d'une couronne enchâssée de pierres précieuses. La veste parme du dessus uwagi et la robe ôsode sont tissées de motifs et fermées côté gauche devant. Sur un hakama blanc à revers rouge, il porte une jupe plissée uwami bleu nuit. L'ensemble est maintenu par une ceinture brocardé fermée sur le devant.
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Costume de fonctionnaire militaire du 6e rang composé d'une coiffe (tokin) en soie noire fermée par un cordon (oikake) noué sous le menton, d'un vêtement vert foncé () sans couture sur les côtés porté sur une chemise à manche courte (hanpi) et un hakama blanc. L'ensemble est fermé par une ceinture. Il porte un sabre et un shaku en bois clair. Aux pieds des chaussures noires sur des chaussons de soie blanche.
Il n'existait pas de tenue officielle pour les statuts inférieurs au 6e rang.
Ces fonctionnaires étaient en charge des affaires militaires, policières et judiciaires.
ROUTE DE LA SOIE
Introduits au Japon via la Route de la soie, les textiles japonais les plus anciens (jôdai senshoku moyô 上代染織模様) qui nous sont parvenus datent du 8e siècle et sont conservés précieusement au Horyû-ji et au Shoso-in à Nara qui constituèrent l’étape finale de ce long parcours.
Les motifs variés de ces tissus (jôdaigire) révèlent avec une nette évidence l'influence d'un héritage culturel moyen-oriental (Perse sassanide (226-651), actuelle Iran, et chinois. Des motifs floraux (lotus, pivoines, clématites, mauve) et des végétaux complexes (vigne) en arabesques, en médaillons ou en rosaces encadrent et voisinent soit des oiseaux, des canards mandarins, des tortues, tous bien réels soit des créatures mythiques chinoises (dragons, phoenix, chiens-lions…).
Quelques silhouettes de personnages sont parfois associées à ces motifs sous les traits de nobles cavaliers ou de chasseurs.
Il est inutile de préciser que ces tissus étaient réservés à la réalisation de vêtements destinés uniquement à l'aristocratie. Ces textiles de style purement continental importés tels quels évoluèrent à la fin de la période de Heian pour aboutir à un style plus
japonais mieux adapté au mode de vie des classes de la noblesse.
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MOTIFS ET COULEURS
Ces textiles importés marqués par la culture continentale commencèrent à se transformer au cours de la fin de la période de Heian pour aboutir à un style plus japonais mieux adapté au mode de vie des classes de la noblesse. Une fois passés par le filtre de la culture japonaise, ces motifs et tissages, nommés dorénavant yûsokumoyô 有職文様 apparaîtront également sur les costumes des guerriers de la période de Kamakura pour finir, avec le temps, par être adoptés par tous.
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