Au cours de la période de Kamakura (1185-1333), le groupe des guerriers n'est pas défini de façon précise. À part les vassaux, nombreux étaient les bushi (guerriers) qui conservaient un mode de vie proche de celui des paysans, continuant à s'occuper de leur exploitation. Ce n'est qu'au 13e siècle qu'ils se séparèrent de la classe paysanne.

Le gouvernement militaire de Minamoto Yoritomo accéda au pouvoir et s’installa à Kamakura, loin d’une cour décadente dont il délaissa les excentricités. Les conséquences de ce changement politique radical furent visibles jusque dans les tenues vestimentaires qui se simplifièrent considérablement.
Les superpositions de plusieurs robes de soie et le port du
hirosode (robe à manches larges qui témoignait d’un statut élevé) furent abandonnés pour des tenues plus sobres et plus fonctionnelles aux manches plus étroites (kosode).
Les hommes de la classe guerrière dirigeante et les nobles arboraient comme tenue ordinaire, le
kariginu (inspiré de la tenue de chasse en vogue durant la période de Heian) dont le haut des manches n’était pas cousu et qui permettait ainsi une plus grande ampleur des mouvements.
Cependant, ce n'est qu'à l'occasion d’événements particulièrement officiels que le port des robes à manches larges (
hirosode, konôshi) et à col rond, vestiges de la période de Heian et d'influence chinoise, restait en vigueur.
ARMURES ET GUERRIERS
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Minamoto Yoshiie, une des grande figures du clan Minamoto

La fabrication des armes et des armures revêtit une grande importance. L'armure yoroi du guerrier était faite de plaques de cuir ou de métal reliées entre elles par des lacets de couleur vive et endossée par-dessus le hitatare. Le casque de métal, rond et prolongé vers l'arrière par des lames de métal, arborait un cimier décoratif aux formes les plus variées encadrant parfois un motif. Les armes offensives étaient surtout l'arc et le sabre. La réputation des sabres japonais n'était plus à faire et ils étaient exportés jusqu'en Chine.
L'armure yoroi du guerrier etait endossée par-dessus le hitatare. Les manches étaient alors moins amples et le pantalon, plus court, était doté de jambières protectrices.
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DÔMARU

Forme simplifiée et moins décorative que le ô-yoroi ("grande armure" portée seulement par les guerriers fortunés de haut-rang à cheval), plus léger et confortable, le dômaru (autrefois appelé haramaki) est adopté par la plupart des guerriers faisant partie des troupes de choc appelées à suivre de près les samurai et qui étaient vingt fois plus nombreuses que ceux-ci. D'autre part, la prolifération des combats au corps à corps fit que le sabre se révéla plus utile que l'arc et les flèches.
Laçages, couleurs et design varient en fonction du clan et du rang du guerrier. Le haut du visage (front et joues) est protégé par un casque en métal laqué. Aux pieds, des sandales de paille tressée, très efficaces sur les terrains escarpés et qui replaçaient avantageusement les lourdes bottes. Une nouvelle variété de sabre fit son apparition, le
no-dachi, semblable au fauchard (naginata) à longue lame.

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KO-GUSOKU

Les généraux et autres commandants, lorsqu'ils n'étaient pas au front, portaient une tenue plus légère qui alliait armure et hitatare brocardé, le ko-gusoku. Le hitatare était le vêtement ordinaire des nobles et des guerriers porté sous leur armure.
La coiffe noire de type
hiki-tate-eboshi est bordée d'une bande de tissu blanc. Le hitatare est fait de brocart. Sur le côté gauche, il porte un gantelet de protection (kote) et un nodowa autour du cou. Sur le côté droit, une partie du ô-yoroi subsiste, c'est le waidate maintenu par un cordon koshio. Le bas des jambes est protégé par des guêtres habaki et des jambières ôtate-age.
Les
tabi sont en cuir ainsi que les chaussures tsuranuki (ou kegutsu). Un sabre court koshigatana attaché sur le côté droit.

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ÔO-SODE TSUKE DÔMARU

Les guerriers ont peu à peu adopté le dômaru, plus léger et confortable que la grande armure ô-yoroi.
L'armure ne comporte pas de manche. Le devant et le dos sont reliés par un accessoire métallique appelé gyôyô (lit. feuille d'abricotier) de forme allongée (sorte de bretelles), fait de cuir teint et de maillage métallique qui protégeait les épaules. À la fin de la période de Kamakura, les guerriers de haut rang ont rajouté des protections sur le haut du dos (ôsode) pour compléter l'armure. Les bras sont protégés par un gantelet (kote) et les mains par des gants wagake.
Des jambières
habaki couvrent le bas des jambes et des chaussons tabi en cuir sont portés avec des sandales waraji en paille tressée. Un koshi-gatana est maintenu devant dans la ceinture et un long sabre tachi est fixé sur le côté gauche.

COSTUMES MASCULINS
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HITATARE
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Le costume masculin changea véritablement à la fin de cette période.
Les guerriers (
bushi) portaient au quotidien ou sous leur armure (yoroi-hitatare), un hitatare composé de deux parties, faites dans la même toile. Un hakama maintenu par une ceinture (blanche) et un haut donc le col différait des tenues au col rond portées jusque là par les nobles (hô, kariginu…), et qui annonçait le col du kimono actuel. Les manches sont larges avec des cordons ajoutés sur la poitrine et à l'extrémité des manches.
La coiffe
samurai-eboshi se porte avec le hitatare.
Le
hitatare fut bientôt porté par les nobles et à la période suivante de Muromachi, il devint l'habit de cérémonie des bushi de haut rang. Il était alors fait en soie damassée de qualité supérieure.
Ci-dessous, probable portrait du
shôgun Ashikaga Takeuji en yoroi-hitatare.
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DAIMON
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Le daimon est identique au hitatare dans sa forme mais au cours de l'époque de Kamakura, une mode qui consistait à y apposer des kamon familiaux de taille exceptionnelle fit fureur. Les cordons qui retiennent l'ensemble étaient tressés et faits de peau de daim. Au cours de l'époque d'Edo, il sera le vêtement cérémoniel des guerriers.
KARIGINU
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Ce "costume pour la chasse" était la tenue habituelle des fonctionnaires civils et militaires à la cour. Habit simple au début, il devint de plus en plus luxueux.
À encolure ronde, les manches assez longues mais ne recouvrant pas les mains, les poignets serrés par des cordons, le
kariginu (ou hôi) a été conçu à l'origine pour la chasse et permettait une meilleure ampleur des mouvements.
Au cours de Moyen Age, il devint la tenue correcte des guerriers et du
bakufu d'Edo. Selon les règlements établis pour définir les modalités des costumes, les fonctionnaires du 5e rang et au-dessus devaient porter un kariginu aux motifs tissés et à doublure et ceux du 6e rang et au-dessous, un kariginu sans motifs tissés ni doublure. La différence de ces deux catégories s'accentua avec l'élaboration du costume.
SUÔ
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Le suô était à l'origine un vêtement en lin sans kamon porté par les guerriers de rang inférieur. Sa forme était identique à celle du hitatare, porté par les guerriers de grandes familles. Il se composait d'un kosode en haut et d'un hakama en bas. Le col de la tunique est croisé et elle se ferme par des liens en cuir (munahimo). La ceinture (koshi) du hakama est également faite dans le même tissu et à l'arrière, on note le rajout d'une planchette (koshi-ita) qui renforce le bas du dos. Plus tard, on prit l'habitude d'apposer l'emblème familial sur le kosode et le hakama. Jusqu'à la fin du 16e siècle, le haut et le bas étaient de couleur identique dans une même étoffe.
HOMMES DU PEUPLE
À partir du 13e siècle, suite aux guerres entre les Taira et les Minamoto qui provoquèrent un immense brassage social dans le pays, atténuant les différences locales et les dialectes locaux, on assista à un enrichissement de la culture populaire nationale grâce à la diffusion des grandes épopées (Dit de Heiji, Dit de Hogen…) par des moines aveugles au biwa (luth) qui parcouraient le pays en récitant des faits devenus légendaires, source d'inspiration inépuisable pour les futurs auteurs de et de jôruri.
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Kasuga gongen genki e, rouleau peint (1309). Vue d'une cuisine avec préparation des repas par des serviteurs et disposition soignée des mets sur des plateaux surélevés qui seront servis aux moines.
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Fabricant de tuiles et de chapeaux

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Vendeurs de rouleaux de tissu (tanmono) blanc uni et de tissu pour hitatare.

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Fabricants de roues pour les chariots et de bois recourbé en cyprès (hinoki) pour former des toutes sortes de baquets et de boîtes.

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Copie (1815) du rouleau peint de la période de Kamakura 建保職人歌合 (Kenbô shokunin uta awase, 1214).
Sculpteur et aiguiseur de sabre.
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Copie (1815) du rouleau peint de la période de Kamakura 建保職人歌合 (Kenbô shokunin uta awase, 1214).
Laqueur et aiguiseur d'aiguilles
ÉVOLUTION DU COSTUME FÉMININ
LA COUR
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Cette robe uwagi ornée de phoenix à gauche est une pièce exceptionnelle en ce sens qu'elle est le seul vêtement de cour de cette époque (13e siècle) qui nous soit parvenu. De la fin de la période de Heian jusqu'à la période de Kamakura, la mode était aux superpositions de robes et sous-robes et le uwagi (robe du dessus) se portait sur le kasane-uchigi.
Par-dessus, une veste brocardée
karaginu à laquelle était fixée une traîne mo complètait la tenue officielle karaginu-mo des dames de la cour.
Le k
o-uchigi de droite (13e siècle) se portait par-dessus le kosode et le naga-bakama et formait la couche la plus visible du uchigi et donc la plus joliment ornée.
FEMMES DE L'ÉLITE GUERRIÈRE
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Les tenues des femmes de haut rang montraient quelques simplifications mais restaient encore fortement influencées par les robes de la cour de Kyôto. Ici, il s'agit de la tenue ordinaire d'une épouse de shôgun ou de chef d'armée qui se compose d'un kosode blanc fermé par une ceinture étroite. Par-dessus, à la manière des robes de la cour, une superposition de plusieurs robes avec un uchiki brocardé, une sorte de manteau court qu’elles passaient par-dessus leur kosode.
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Pour les femmes de la classe des guerriers de haut rang, en été, l'élégance pouvait se réduire aussi à un simple
kosode blanc en soie porté avec un hakama rouge.
TENUES DE VOYAGE
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Suite au développement grandissant des nouvelles sectes bouddhistes, les pèlerinages et visites aux temples étaient à la mode et lorsque les femmes de la noblesse ou de l'élite guerrière sortaient ou voyageaient, elles se couvraient la tête à l’aide d’un second kosode, à la façon dont on peut, de nos jours, s’abriter de la pluie en passant une veste sur la tête. Ce kosode était maintenu en place par une ceinture étroite (kake-obi) au niveau des épaules ou de la poitrine. En dessous de ce obi, une petite pochette fixée à l'avant contenaient des amulettes protectrices.
D'autres variantes consistaient à se recouvrir la tête en remontant l'arrière du manteau
kazuki par-dessus la tête et en le maintenant, laissant ainsi les manches libres. Le costume a perduré au cours des périodes suivantes Kamakura et Muromachi avec quelques variantes. Un large chapeau rond (ichimegasa) tressé en jonc autour duquel pendait un long voile transparent en ramie (mushi no tareginu) leur permettait également de voyager en sécurité, de se protéger des insectes ou de garder l’anonymat (tsubo ori).
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Cette dame de la cour en hakama et kosode emprunte de l'argent à un usurier (kôrigashi). Les pièces étaient importées de Chine et se présentaient en chapelets enfilées sur un cordon himo.
FEMMES DES CLASSES SUPÉRIEURES
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Avec la période de Kamakura, les changements vestimentaires furent nombreux et notamment l'utilisation du kosode qui, de sous-vêtement (shitagi), devint une tunique visible (aigi) porté sous le uchikake et ensuite une tunique du dessus uwagi. Le mo-bakama restait réservé aux femmes des classes supérieures. Ici, la forme du mo ressemble au andon-bakama sans entrejambe (machi). Les cordons de fermeture retombent sur le côté droit comme pour le hakama. Les couleurs et les motifs restent discrets.
FEMMES DU PEUPLE
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C’est à cette époque que s'imposa peu à peu la forme du kosode (kimono). Il devint le vêtement usuel des classes populaires qui le portaient comme sous-vêtement et comme vêtement d'extérieur.
Ici, une femme dans ses activités quotidiennes porte un
kosode et un yumaki.
Le
kosode est un katabira tissé en lin (pour l'été), teint en beige clair. Le yumaki est une simple pièce de tissu en soie grossière, teint et ornée de motifs simplifiés que l'on porte comme un pagne.
À l'origine, ce sont les nobles qui utilisaient le
yumaki au moment du bain ainsi que les femmes de l'aristocratie qui officiaient au palais impérial. Il était alors en soie grège (suzushi). Vers le 12e siècle, les nobles le portaient teint, au quotidien, à la place du hakama. Avec le temps, cette habitude se répandit auprès de la population (voir illustration d'après le rouleau peint "Shigi san engi emaki", Rouleaux illustrés des légendes du mont Shigi).
Dans ce dernier cas, il répondait à certaines exigences pratiques et esthétiques notamment en s'adaptant aux saisons (simple, double ou matelassé).
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"Shigi san engi emaki", Rouleaux illustrés des légendes du mont Shigi). Yumaki teint en pointillés.

FEMMES AU TRAVAIL
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Kasuga gongen genki e (1309), Servante portant un yumaki sur un kosode teint.

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Tisserande et teinturière d'indigo

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Vendeuses de nouilles somen (ici mises à sécher) et de tofu.

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Fileuse et brodeuse (nuihaku).

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Copie (1815) du rouleau peint de la période de Kamakura 建保職人歌合 (Kenbô shokunin uta awase, 1214).
Vendeuse de bois avec enfant de Ôhara (Kyôto) et vendeuses de petits poissons ayu de Katsura (Kyôto).

MOTIFS ET COULEURS

Les guerriers provinciaux, assez peu instruits, ne montraient nul mépris pour la civilisation aristocratique et firent des efforts pour l'acquérir et la répandre. Leur mode de vie, leur habitat, leur costume restaient alors très simple.
Désormais à la tête du pays, cette nouvelle classe dirigeante donna également naissance à une nouvelle culture. Dans le domaine vestimentaire, lors d’événements officiels ou publics, les dirigeants et guerriers de haut rang continuèrent d’arborer pendant un temps les tenues des nobles (
kuge) à manches larges (ôsode) afin de bien montrer qu’ils leur succédaient à la tête du pays et qu’ils étaient les détenteurs du nouveau pouvoir. En privé et lors de leurs occupations quotidiennes, ils retrouvaient leurs origines et leurs racines en portant le kosode (à manches étroites), le hitatare, le suô... Ceux-ci étaient tissés en fibres végétales (chanvre notamment) aux teintes sobres, souvent unis ou ornés de quelques motifs assez simples. Puis peu à peu, la soie et les tissus damassés ou brocardés remplacèrent le chanvre et les autres fibres végétales avec des motifs tissés traditionnels, identiques à ceux que portaient les aristocrates autrefois. Cette tendance se poursuivit jusqu’au milieu de la période de Muromachi (1336-1573).
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