La capitale transférée de Nara à Heian-kyô annonça le début de la période de Heian (794-1192). La domination exclusive de la famille Fujiwara, la naissance et le développement des domaines, la multiplication des liens de clientèle marquèrent l'entrée dans un nouvel âge. Au début de l'ère, le Japon interrompit ses relations diplomatiques avec la Chine et l'on vit naître un style proprement japonais dans tous les domaines (architecture, arts, écriture, costumes…).
Le protocole jouait alors un rôle central dans la vie du cour où les cérémonies constituaient la base du "gouvernement par les rites" selon la conception chinoise de tradition confucéenne. Le vêtement faisait l'objet de règles précises relatives à la combinaison des tissus, des couleurs et des motifs. Chacun devait trouver un équilibre subtil entre l'observation des règles de l'étiquette et son inspiration personnelle.

COSTUMES FÉMININS PORTÉS À LA COUR

La cour s'isola dans un monde de littérature, de peinture et de plaisirs (poésie, musique, festivals et cérémonies diverses, voie de l'encens, mode vestimentaire...). Courtisans et courtisanes se devaient d'afficher leur sens de l'esthétique et du raffinement en choisissant avec un soin particulier les associations de couleurs de leurs parures qui ne manquaient pas de s'accorder à la saison, aux couleurs présentes dans la nature, au moment de la journée, à l'humeur, aux sentiments du moment... Une réputation pouvait se faire ou se défaire sur le simple choix d'une combinaison heureuse ou malheureuse de couleurs !
Le costume féminin se répartit en trois grandes catégories:
● le costume d'apparât et les tenues formelles avec la tenue la plus somptueuse qui date de la fin des années Heian (
nyôbô shôzoku ou itsutsu ginu karaginu mo), communément appelée juni-hitoe (douze tuniques) depuis l'époque d'Edo.
● les costumes semi-formels comprenaient un manteau court (
ko-uchi) et un manteau long (hosonaga)
● l'habit informel, représenté par plusieurs styles de tenue.
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Le statut des femmes était déterminé par la naissance et le mariage. Les femmes de très haute naissance pouvaient entrer au palais comme épouse impériale, devenir épouse d'un haut dignitaire ou devenir nonne. Les épouses des hauts dignitaires menaient leur vie confinées dans leur résidence et entourées d'un nombreux personnel et avaient rarement l'occasion de quitter leur maison. Les femmes de moyenne noblesse passaient aussi leur vie à la maison ou pouvaient être au service des épouses impériales ou des princesses. Seules les femmes du service intérieur du palais pouvaient participer à la vie publique.
La garde robe féminine était moins exposée au public que celle des hommes.
Le costume de Heian, Charlotte von Verschuer
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Au début de Heian, l'influence chinoise est encore présente dans les codes vestimentaires. Les vêtements que portaient l'empereur, son épouse et les dames du palais jusqu'au 5e rang lorsqu'elles étaient en service à la cour ou lors d'un cérémonial avaient été hérités de la Chine. Ils subirent peu de changements au cour de la période de Heian. Ce n'est qu'au milieu de la période que la vogue des vêtements à la chinoise déclina auprès de la noblesse et que l'habillement ainsi que les coiffures féminines s'adaptèrent progressivement au goût japonais.
Ici, une dame de la noblesse vêtue d'un costume de cour inspiré de la mode chinoise: une petite veste brocardée sans manche (
karaginu), une tunique qui semble être fermée par deux cordelettes décoratives qui descendent à l'avant, une longue écharpe (hire) blanche en soie sur les épaules, deux jupes plissées (mo) de différentes longueurs fermées par des ceintures.

LES TENUES D'APPARÂT

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Le
jûni-hitoe, qui signifie douze hitoe (tunique non doublée) mais qui en réalité ne comporte pas douze robes est appelé aussi nyôbô shôzoku. C'est le costume d'apparât, le plus officiel. Il est composé d'une succession de vêtements que l'on enfile dans l'ordre:
  • un uchibakama (sorte de jupe-pantalon) écarlate très long qui recouvre les pieds.
  • un kosode blanc
  • un hitoe
  • 5 uchiki (itsutsuginu) de même forme mais de couleurs différentes
  • un dernier kimono de dessous (uchiginu)
  • un vêtement de dessus (uwagi)
  • une veste brocardée (karaginu)
  • une traîne (mo), sorte de jupe-tablier plissée, en fine soie blanche brodée était portée à l'envers sur la veste et nouée sous la poitrine. La veste et la traîne formaient les pièces maîtresses de ce costume formel.
La coiffure (osuberakashi) utilisée avec ce costume demande plusieurs accessoires pour relever la chevelure (peigne plat, hirabitai placé debout à l'avant de la perruque, diverses épingles). Une décoration métallique (kokoroba) en forme de rameau d'or ornés de fleurs de prunier est fixée au hirabitai. L'ensemble est complété par des décorations pendantes faites de longs cordons (hikage no hito).
Le
hyôgi est un éventail à lamelles de cyprès du Japon (hinoki). Il est porté avec le jûni-hitoe et l'habit de cérémonie des femmes de la noblesse, le keiko. Il est abondamment orné de motifs floraux et de noeuds composés de fils aux 6 couleurs. On le porte à la main, fermé et enroulé de ses cordons décoratifs.
Aux pieds, une sorte de
tabi (shitôzu), sorte de chausson sans séparation au niveau des doigts de pieds et fermés par deux cordons. Les chaussures (kutsu) sont recouvertes de soie épurée du même rouge que le nagabakama.
Les déclinaisons colorées du itsutsuginu en particulier imitaient les nuances présentes dans la nature et se révélaient au niveau du col, des poignets et du bas du costume grâce au décalage progressif de chaque robe. Ces subtiles variations qui étaient tout d'abord des choix personnels se standardisèrent et s'officialisèrent peu à peu pour constituer un code de règles esthétiques particulièrement complexe et rigoureux (kasane irome).
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: pour les occasions exceptionnelles à toutes saisons.
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: à partir du 1er octobre jusqu'en février.
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Superpositions de vêtements au niveau des manches: à partir d'avril.
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Le costume formel karaginu-mo fit son apparition vers la fin du 11e siècle et devint bientôt l'habit quotidien des épouses de hauts dignitaires, de leurs dames de compagnie ainsi que des femmes au service d'un grand. Il évoluera avec le temps. Dans la main droite, un éventail en cyprès et dans la main gauche, plusieurs feuilles de papier rouge orangé pliés dont le rôle n'est pas défini.Toutes les dames de la cour se cachaient le visage derrière un éventail en lames de cyprès.
Cette superposition de kimonos faisait ressortir la minceur du visage et la fragilité du corps enfoui. Les robes étaient faites de tissus de soie damassée de couleur unie ornée de motifs conventionnels (la laine n'existait pas et le coton ne fut introduit qu'au milieu du 16e siècle).
Sous ces longues robes, les femmes continuaient à porter un hakama rouge vif ou blanc à même la peau sans autre sous-vêtement.

COSTUMES SEMI-FORMELS

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Le costume semi-formel se compose d'un manteau court ko-uchiki en forme de kimono qui remplace la veste courte karaginu. Plus court que les vêtements du dessous (uchiki, les cinq robes (itsutsuginu), tunique hitoe, hakama rouge), il laisse voir le dégradé subtile du bas des robes. Les cheveux sont toujours d'une longueur impressionnante.
Le
hosonaga est une autre variante de la tenue semi-formelle et ne comporte ni veste ni traîne. C'est aussi le nom d'un manteau long dont la forme est mal connue.

TENUES INFORMELLES

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Parmi les habits informels, on distingue la tenue ordinaire composé d'un uchiki court porté chez soi avec parfois une robe de dessus (uwagi) et un kosode en dessous. Cette tenue est dépourvue de veste, de traîne et de manteau.
Cet ensemble d'hiver était porté au quotidien par les femmes de la cour. Le uchigi du haut est superposé avec un hitoe et une tunique blanche portée à même la peau. Même si les tissages épais étaient adaptés à la saison hivernale, il fallait parfois plusieurs couches de tuniques pour résister au froid. En bas, un long hakama rouge écarlate recouvre les pied.
En été, les tissus sont légers et parfois ajourés. Le hakama rouge et la tunique blanche du dessous est associée à un hitoe et un uchigi en soie ajourée par dessus.
En cas de forte chaleur, les nobles ne portaient qu'un
hitoe-bakama (tunique et pantalon) à même la peau qui constituaient la tenue la plus légère et la plus décontractée.
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FIN HEIAN~

Cette tenue originale et protectrice apparue à la fin des années Heian est portée par les femmes aisées lors de leurs sorties, déplacements et voyages.
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KAMAKURA- MUROMACHI

Le costume a perduré au cours des périodes suivantes avec quelques variantes. Ici, le chapeau est remplacé par un manteau dont on rabat l'arrière sur la tête.
VOYAGER
Sur le
hitoe et la robe blanche du dessous (kosode), elles portaient un manteau court uchigi maintenu en place par une ceinture étroite (obi-kake) placée au niveau des épaules.
Le chapeau à larges bords en jonc tressé comprenait une sorte de long voile fixé sur les bords qui avait un rôle de protection mais qui permettait aussi de voyager dans l'anonymat. Les robes courtes et de solides sandales de paille facilitent la marche.

LES FEMMES DU PEUPLE

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À partir du milieu de Heian, les femmes des classes populaires portaient un kosode, sorte de longue tunique ample à manches larges et tombantes, croisé sur le devant. Par-dessus, elles rajoutaient une sorte de jupe plissée retenue par une ceinture étroite, qui pourrait être un vestige de la jupe mo des périodes antérieures.
Les cheveux sont courts et retenus à l'arrière par un lien de papier (
motoyui) épais.

COSTUMES MASCULINS PORTÉS À LA COUR

Les vêtements masculins se transformèrent également.
Au début du 11e s., les costumes du service à la cour portés par les hauts dignitaires et les guerriers de haut rang comprenaient une tenue officielle, le grand costume de cour
sokutai, le costume semi-formel (hôko) et sa version simplifiée, le costume semi-formel allégé, ikan, portés lors de leurs visites au palais impérial. Le costume cérémoniel raifuku était réservé à l'intronisation et aux très grandes occasions.
À noter que le
sokutai des guerriers (bushi) présentait de légères différences dans la forme, ceci afin de faciliter leurs mouvements.
SUKOTAI, le grand costume de cour
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Le sokutai porté jusqu'au milieu de cette période était encore très inspiré de la forme du costume officiel de la cour chinoise.
Le sokutai est la tenue de travail portée à la cour par les fonctionnaires et les hauts dignitaires pour participer aux cérémonies et aux procédures administratives, individuelles ou collectives et surtout en présence de l'empereur. Il se compose de plusieurs pièces:
• un manteau (
ou ueginu ou uwagi) coupé comme un kimono avec un col rond et rallongé dans le bas du dos par une bande de tissu. Les côtés étaient cousus pour les fonctionnaires civils alors que pour les militaires de haut rang, ils étaient fendus. Les couleurs varient avec les rangs occupés par chacun et les époques.
• une tunique
hanpi à col croisé et manches courtes munie de pli en bas. Portée surtout en été.
• une tunique à très longue traîne étroite (
shitagasane) avec col rond. La couleur est choisie en fonction de l'occasion et la longueur indique le rang du personnage.
• une veste de dessous (
akome) rouge ou blanche, à col croisé et coupée comme un kimono.
• une tunique
hitoe rouge ou blanche qui descendait sous les genoux.
• un
uebakama, pantalon de dessus en soie blanche et noué avec un cordon.
• un
ôkuchi-bakama, culotte en soie rouge porté en dessous avec de grandes ouvertures.
• une coiffe
kanmuri avec un ruban de gaze à l'arrière et dont la forme varie avec le rang.
• une ceinture en cuir laqué noir orné de pierres taillées (jade, agate)
• un sabre d'apparât,
kazatachi.
• un insigne de dignité
shaku, tenu à la verticale: planchette en bois où l'on pouvait coller un aide-mémoire sur l'intérieur lors de cérémonies.
• un éventail en lamelles de cyprès
hyôgi placé dans la ceinture.
• quelques feuilles de papier repliées
tatô-gami pour y écrire ou servir de mouchoir étaient placées avec l'éventail.
• des chaussettes en soie blanche étaient portées dans des chaussures en bois laqué noir (
asagutsu), une sorte de sabots.
"Le costume de Heian", Cipangp 
Charlotte von Verschuer
HÔKO, le costume semi-formel
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Assez proche du sukotai, il comporte le manteau du dessus, , fermé par une ceinture, les tuniques et la veste du dessous. Le pantalon intérieur (shitabakama) est recouvert par un pantalon du dessus (sashinuki) bouffant très ample, noué à la cheville. Au 11e siècle sa longueur est telle que les hommes marchaient dessus. Motifs et couleurs sont choisis en fonction du rang et de l'âge.
Ce costume est porté comme le grand costume
sokutai lors de cérémonies annuelles, de procédures administratives, de pélérinages etc… mais en l'absence de l'empereur.
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IKAN, le costume semi-formel allégé
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Le ikan qui signifie "manteau et coiffe" est aussi appelé "costume de service de nuit" car il servait pour le service de nuit des fonctionnaires dans la résidence impériale.
Cette forme allégée du costume semi-formel ne comporte pas de traîne et le manteau du dessus est fermé par une simple ceinture en soie. Le pantalon est serré aux chevilles par des cordons.
Mais il se porte avec une coiffe et un insigne de dignité en hiver et un éventail. Il deviendra plus tard un substitut du "grand habit" qui lui, n'était plus porté que lors des circonstances les plus solennelles.
Il sert pour les déplacements, les visites officielles et les affaires des fonctionnaires au palais mais n'était pas admis en présence de l'empereur. Porté par les militaires et les fonctionnaires civils, il deviendra, à la fin de la période de Heian, la tenue des courtisans.
NÔSHI et KARIGINU, les tenues informelles
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Le nôshi est le vêtement ordinaire et informel qui se portait chez soi ou ailleurs, dans un cadre privé.
Le haut est composé d'une tunique ample à grandes manches comme le grand costume de cour mais plus petit. Il est fermé sur le côté. Le pantalon bouffant
sashinuki est serré aux chevilles.
La coiffe est remplacée par le bonnet
eboshi dont la forme varie selon les circonstances et le lieu. La couleur n'est plus imposée en conformité avec le rang social mais s'adapte aux saisons et à l'âge.
Il existe une forme allégée du
nôshi, sans pantalon bouffant mais avec un nagabakama seulement.
L'habit de chasse (aux faucons) ou kariginu était le costume habituel quotidien porté par les fonctionnaires civils et militaires de la cour lors des activités de plein air ou chez eux les jours sans obligations officielles. L'encolure est ronde, les manches longues ne sont attachées au buste qu'au niveau des épaules et pourvues de cordelettes d'attache, ceci pour faciliter les mouvements et exhiber les somptueux tissus des tuniques aux motifs tissés du dessous.
Simple habit fait en chanvre au début, il devint de plus en plus luxueux et des édits interdisant les excès furent publiés à plusieurs reprises.
Il se porte avec une coiffe
eboshi. C'est aussi l'habit des subalternes, des suivants et des porteurs de palanquins dans les cortèges et les pèlerinages. Le pantalon sashinuki ou le pantalon de chasse karibakama est bouffant.
LES GUERRIERS
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Les guerriers de la fin de Heian commencèrent à adopter une tenue très pratique, inspirée des vêtements quotidiens du peuple, le hitatare. Le col officier des costumes aristocratiques est remplacé par un col croisé.
La largeur des manches peut se régler par des cordelettes et faciliter ainsi les mouvements. Les guerriers de la période de Kamakura continueront à la porter.
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Une variante destinée aux fonctionnaires et aux guerriers, le suikan, connaîtra également un grand succès. Le col est rond. Fin Heian, la mode est aux excentricités et d'étranges décorations sont fixées sur le devant et les manches.
À l'époque suivante de Kamakura, les guerriers portèrent tout d'abord le
suikan mais ils lui préférèrent le somptueux hitatare porté aussi sous l'armure.
LES HOMMES DU PEUPLE
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Les gens du petit peuple de Heian continuaient à porter des kosode (forme simplifiée du futur kimono) grossiers tissés en chanvre ou autres fibres végétales. Ces mêmes kosode portés à l'extérieur par le peuple étaient utilisés comme vêtement de dessous par les nobles.
Il existait une tenue plus commode encore, le
hitatare, constitué d'une tunique courte ou d'une veste à manches étroites qui se ferme devant et qui est rentrée dans une sorte de pantalon hakama qui se ferme par une ceinture et dont les jambes sont resserrées vers le bas. Ils portaient de simples sandales en paille tressée ou des claques en bois.

COULEURS ET MOTIFS

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Ce n’est qu’à partir du milieu de la période de Heian (714-1192) que naquit peu à peu (toujours au sein des classes supérieures de la noblesse), un style proprement japonais dans tous les domaines de la vie quotidienne et artistique, les motifs textiles ne faisant pas exception.
Les couleurs vives et contrastées des costumes des périodes d'Asuka (552-645) et de Nara (645-794) issues de croyances magico-religieuses étaient intimement liées à l'art bouddhique et à l'influence sino-coréenne. Les teinturiers chinois qui officiaient à la cour instaurèrent cinq couleurs officielles en plus du blanc (jaune, pourpre, rouge, bleu-vert et noir). Celles-ci appartenaient à un système philosophique et religieux complexe et indiquaient les rangs occupés au sein de la cour. En 603, un système inspiré de cette pratique chinoise fut appliqué par Shôtoku Taishi et permit également de définir les rangs et statuts officiels du gouvernement (kurai iro).
La palette des costumes de cette époque montre des nuances subtiles de mauve, violets, jaunes et verts, des dégradés de roses, de rouges, de bleu-ciel et de blancs. Le noir et les couleurs sombres étaient peu appréciées car elles marquaient une rupture avec la cour (exil, vie monacale, deuil).
Les teintures des tissus constituaient une tâche pratiquée au sein des demeures aristocratiques. La maîtresse de maison supervisait les travaux et son sens de l'esthétique ainsi que ses connaissances techniques déterminaient la qualité des couleurs et les infimes nuances. Les vêtements qui étaient alors tissés dans des couleurs unies ne présentaient pas de motifs complexes.

Certaines couleurs étaient strictement interdites car portées par l'empereur seulement:

kin-kourozen kin-ao kin-aka kin-murasaki

Cette adaptation des motifs continentaux à une préférence “nationale” (yûsoku moyô) a donné naissance à des représentations qui furent conservées et adoptées par les générations suivantes des classes guerrières de la période de Kamakura pour finalement être assimilées, bien plus tard, par la majorité de la population.
Les modèles de ces motifs sont inspirés d'éléments de la vie quotidienne: cercles, losanges, polygones, lignes croisées, lignes courbes, faune et flore... et l'on retrouve un bon nombre de ces motifs sur les tissus des kimonos actuels.
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Losanges, cercles, hexagones, courbes ondulantes et arabesques