Cette courte prériode de Azuchi-Momoyama (1582-1602) qui correspond aussi aux débuts de la réunification du pays, est considérée comme une des plus productives dans le domaine artistique. Le quartier des tisserands de Nishijin à Kyôto constituait le centre de la production textile. Un goût accentué pour l'individualisme, le style libre, les motifs grandioses et les décors asymétriques caractérisa cette ère qui fut celle des grands décorateurs. Le commerce avec la Chine reprit à grande échelle: la soie de satin damassé (rinzu) surtissée de motifs à la grecque et de fleurs stylisées (karaori) constitua un support facile pour les nouvelles techniques.

FEMMES DE L'ÉLITE GUERRIÈRE
Au cours de la période de Momoyama, les précieux tissus jusque là importés de Chine seront produits au Japon avec quelques changements qui peu à peu remplaceront les textiles originaux. Combinées aux procédés de teinture occidentaux, ces techniques (nuihaku, etc…) permirent la création de somptueux kosode aux couleurs vives, tissés dans brocarts et ornés de luxueuses broderies qui furent accueillies avec enthousiasme et surtout utilisées dans la réalisation des kosode de l'élite féminine.
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Les femmes de l'élite guerrière abandonnèrent le hakama et commencèrent à porter un long manteau uchikake aux couleurs vives et richement brocardé. Ces tissages complexes (karaori) étaient importés de Chine ou tissés au Japon. Sous ce manteau, elles portaient une robe le plus souvent blanche aigi, au col croisé.
La ceinture du
hakama permettant jusque-là de maintenir le kosode en place, il fallut y trouver un substitut. Le obi allait remplir ce rôle à la perfection. Il n’était encore qu’une étroite ceinture de quelques centimètres de large. C'est ainsi que la mode féminine s'élabora ainsi peu à peu.
Durant la saison chaude et humide (de juin à septembre), les tenues officielles étant particulièrement inconfortables, elles nouaient le haut du uchikake autour de la taille (koshimaki), libérant ainsi le haut du corps et laissant voir la robe aigi du dessous.
COURTISANES DE KYÔTO
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En 1589, un quartier des plaisirs vit le jour à Kyôto. Cette courtisane coiffée à la mode chinoise est revêtue d'un long
kosode à motif en damiers caractéristiques, fermé par une grosse cordelette tressée rouge, l'ancêtre du obi.
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観楓図屏風, Admirer les érables en automne (détails), 16e siècle, Kanô Hideyori
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Ce
kosode exceptionnel du 16e siècle fait partie du patrimoine culturel du Japon au titre de bien culturel important.
La largeur de la robe et les manches étroites caractérisent les
kosode de cette période.
Modernité dans la répartition des motifs saisonniers brodés (fleurs de prunier, glycines, bambou sous la neige, feuilles d'érable).
LES GUERRIERS
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Les uniformes des guerriers se sont considérablement simplifiés. Plus particulièrement l'ensemble suô qui a vu ses manches disparaître pour donner cette nouvelle tenue appelée kataginu-bakama pour un guerrier de haut rang. Cette version qui se porte sur un kosode blanc est plus pratique, elle existe dans plusieurs variantes et inspirera le kami-shimo de l'époque d'Edo.
Cette figurine représente Toyotomi Hideyoshi dans un moment de détente (cérémonie du thé ou sortie pour aller admirer les cerisiers).
Il porte une coiffe rouge, un
kosode et un pantalon sashinuki en satin blanc, serré aux chevilles. Par-dessus cet ensemble, un luxueux manteau brocardé (dôbuku), sans oublier un éventail.
Les kosode de cette période présentent une grande originalité dans le choix des ornements et dans leur répartition sur la surface du vêtement. Si l'on compare avec les périodes précédentes, il apparaît clairement que la variété des motifs et la complexité des associations n'ont cessé de se développer. Les motifs floraux (chrysanthème, paulownia, saule, glycine, prunier, cerisier...), les motifs animaliers (phoenix, papillon, oiseaux...) ou les figures géométriques sont disposés en combinaisons très libres et spontanées, selon les préférences de l'époque, pour le seul plaisir des yeux. Cette conception esthétique s'oppose fondamentalement avec les critères de la période suivante d'Edo où les motifs choisis font souvent allusion à des références littéraires ou poétiques. Ces motifs associés avec tant de liberté restent néanmoins délimités dans des zones définies: épaules et bas du vêtement, motifs différents sur les deux moitiés du kosode, associations de plusieurs «cadres» incluant des formes variées...
La plus grande particularité des costumes de cette époque réside dans l'utilisation des techniques ornementales suivantes:
tie and dye (nouer, lier, teindre): shibori-zome
surihaku: applications de feuilles d'or et d'argent sur le tissu
nuihaku: associations de broderies et surihaku
tsujiga-hana: technique tinctoriale décorative de la période de Muromachi qui est devenue populaire au sein de l'élite de la période de Momoyama et qui consistait à reproduire des motifs picturaux peints à l'encre (kaki-e) en associant plusieurs procédés: tie and dye, surihaku (application de feuilles d'or et d'argent), applications de coloris, broderies (nuihaku). Ce procédé particulièrement complexe ne dépassera pas le 17e siècle et sera remplacé par d'autres techniques moins contraignantes et onéreuses comme la teinture shibori.
La répartition originale des motifs va disparaître au début du 17e siècle pour laisser place à une nouvelle approche: en effet, ceux-ci vont peu à peu se répartir sur toute la surface du vêtement sans être interrompus par les coutures.
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