Cette courte prériode de Azuchi-Momoyama (1582-1602) qui correspond aussi aux débuts de la réunification du pays, est considérée comme une des plus productives dans le domaine artistique. Le quartier des tisserands de Nishijin à Kyôto constituait le centre de la production textile. Un goût accentué pour l'individualisme, le style libre, les motifs grandioses et les décors asymétriques caractérisa cette ère qui fut celle des grands décorateurs. Le commerce avec la Chine reprit à grande échelle: la soie de satin damassé (rinzu) surtissée de motifs à la grecque et de fleurs stylisées (karaori) constitua un support facile pour les nouvelles techniques. Les procédés de teinture occidentaux permirent la création de somptueux kosode aux couleurs vives, tissés dans brocarts et ornés de luxueuses broderies.


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Dès la fin du 15e siècle, le kosode devint le vêtement porté par toutes les classes de la société, hommes et femmes confondus (avec une exception toutefois pour les guerriers bushi qui, à l'occasion d'événements officiels continuaient à arborer des vêtements à manches larges, ôsode). Le kosode acquit à cette époque sa forme presque définitive avec peu de différences dans sa version féminine et masculine. En revanche, d'autres facteurs comme les matières, les motifs et les divers éléments décoratifs engendreront des styles particuliers en fonction des époques.
Le obi n'est toujours qu'une simple cordelette.
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Kataginu et hakama pour un guerrier de haut rang: une version plus pratique du traditionnel hitatare. Il en existe plusieurs versions. Sur un kosode blanc, il porte un hakama et un haut aux manches coupées.
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Tenue d'apparat pour un général d'armée: kosode en satin avec sashinuki (hakama resserré aux chevilles) et manteau de brocart (dôbuku), pour assister à une cérémonie du thé exceptionnelle ou aller admirer les fleurs de cerisiers.
Les kosode de cette période présentent une grande originalité dans le choix des ornements et dans leur répartition sur la surface du vêtement. Si l'on compare avec les périodes précédentes, il apparaît clairement que la variété des motifs et la complexité des associations n'ont cessé de se développer. Les motifs floraux (chrysanthème, paulownia, saule, glycine, prunier, cerisier...), les motifs animaliers (phoenix, papillon, oiseaux...) ou les figures géométriques sont disposés en combinaisons très libres et spontanées, selon les préférences de l'époque, pour le seul plaisir des yeux. Cette conception esthétique s'oppose fondamentalement avec les critères de la période suivante d'Edo où les motifs choisis font souvent allusion à des références littéraires ou poétiques. Cependant, ces motifs associés avec tant de liberté sont délimités dans des zones définies: épaules et bas du vêtement, motifs différents sur les deux moitiés du kosode, associations de plusieurs «cadres» incluant des formes variées...

La plus grande particularité des costumes de cette époque réside dans l'utilisation des techniques ornementales suivantes:
❖ tie and dye (nouer, lier, teindre): shibori-zome
❖ surihaku: applications de feuilles d'or et d'argent sur le tissu
❖ nuihaku: associations de broderies et surihaku
❖ tsujiga-hana: technique tinctoriale consistant à reproduire des motifs picturaux et qui associait tie and dye, surihaku, applications de coloris, motifs tracés…

Cette répartition originale des motifs va disparaître au début du 17e siècle pour laisser place à une nouvelle approche: en effet, ceux-ci vont peu à peu se répartir sur toute la surface du vêtement sans être coupés par les coutures.
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