De 1750 à 1850, suite au contexte économique et à la promulgation des lois somptuaires, le kimono se simplifia dans ses motifs et ses techniques, en réaction au plein épanouissement de l'époque Genroku. Les kimonos éblouissants sont ainsi délaissés pour un style iki, mêlant à la fois sobriété et élégance.


DES ANNÉES HÔREKI À MEIWA (1751-1772): iki et sobriété

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Au cours de la seconde moitié du 18e siècle, la mode, sans distinction de classe, était aux motifs répartis sur la totalité de la surface du kosode ou uniquement sur la moitié inférieure. Une légère variante apparut toutefois auprès des femmes de la bourgeoisie qui préférèrent les kosode ornés devant, de motifs situés assez bas au niveau de l'ourlet. Cette tendance se répandit largement pour devenir la norme de la fin du 18e jusqu'au début du 19e siècle.
Les
kosode des femmes de la haute bourgeoisie mêlaient tradition et nouveautés: le satin, en plus de la soie chirimen, était encore très utilisé et la teinture shibori, les broderies ou les dessins tracés à la main étaient associés ou appliqués séparément. Sur des fonds rouges, blancs, noirs, marron etc..., les artisans appliquaient des motifs variés censés porter bonheur (pin, bambou, fleurs de prunier, glycine, fleurs de cerisier, éventails, coquillages, phoenix, oiseaux...).
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A Yoshiwara, le quartier des plaisirs d'Edo qui vit sa période de pleine prospérité, le chic se porte sobre, l'équivalent du "less is more" de nos jours. Ce ne sont plus les
tayu, célèbres courtisanes de haut rang, ni les prostituées qui font les modes mais les serveuses de maisons célèbres ou d'échoppes de thé (ci-contre) qui rivalisent de beauté entre elles. Dans ce contexte, les styles changent et évoluent.
Les motifs des kimonos se concentrent peu à peu vers le bas. Les luxueux tissages et teintures font place à des matières et des motifs simples mais élégants.
Les représentations en «tableaux» sont abandonnées au profit de motifs géométriques (rayures, carreaux, originaires de Chine et d’Inde). On laisse apparaître des sous-kimonos plus clairs par l’ouverture des manches et sur le devant, traduisant ainsi une certaine image érotique de la femme. Le obi se porte alors très large et très haut.

Serveuse de maison de thé avec son plateau: sur le kimono des formes qui évoquent le Genji et sur son tablier, des fleurs blanches de pawlonia. La ceinture rouge nouée sous le obi retient le kimono et le maintient à la bonne longueur.
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À la même époque, la naissance du nouveau concept iki, bouleversa complètement les valeurs esthétiques en vogue jusqu'alors. Des motifs discrets apparurent pour former une bande étroite sur le bord inférieur du kimono, donnant ainsi naissance au tomesode actuel.
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Courtisane en kimono d'été orné d'un motif saisonnier sur la partie inférieure. Enormes épingles et peignes décoratifs en écaille de tortue décorées de fleurs à leur extrémité.
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Hommes et femmes sans distinction portent alors une sorte de petite capeline de forme particulière, souvent noire en soie épaisse, qui recouvre la tête. Les capes portées sur le kimono pour se protéger du froid et de la pluie commencent à être appréciées aussi.
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Le port de geta (socques en bois) et de setta (sandales à semelles de paille tressée) se généralise, comme on le voit sur les estampes de l'époque.

DES ANNÉES AN-EI À KANSEI (1772-1801): épanouissement su style d'Edo

Les estampes (ukiyo-e) de portraits féminins d'une beauté exceptionnelle connaissent alors une grande popularité et donnent une idée précise d'une mode dont on pressent une certaine décadence. Les motifs à rayures et à petits motifs répétitifs (komon) font fureur et frappent par leur modernité.
Les femmes apprécient les kimonos dont les motifs se concentrent sur le bas des manches ou au niveau de l'ourlet seulement. C'est aussi au cours de ces années que la largeur et la longueur du obi augmente considérablement.
Les ornements de coiffure, épingles, peignes etc... s'imposent et la coiffure dite "tôrôbin" est adoptée avec enthousiasme. Les hommes, eux, portent de longs haori.
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Kosode de la classe guerrière

Les
uchikake ou kosode en satin, en soie ou en lin dont les femmes de guerriers se paraient lorsqu'elles apparaissaient en public ou pour des occasions exceptionnelles étaient toujours rehaussés de broderies et d'applications diverses, uniformément sur toute la surface du vêtement. Les associations de motifs anciens (yûsoku) et contemporains étaient fréquentes. Un goût immodéré pour les paysages associés à des allusions littéraires ou théâtrales et mêlant toutes les techniques connues caractérisa les kosode de cette fin de siècle.
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Kosode de l'aristocratie

Les motifs qui apparaissaient sur les kosode de soie (chirimen), de satin ou de lin étaient très fréquemment réalisés en broderies et évoquaient des détails agrandis de paysages, à la différence des vêtements des femmes de la classe guerrière sur lesquels s'étalaient de vastes vues panoramiques. Des clôtures de bambous associées à des herbes d'automne, des cours d'eau bordés de fleurs de saison suffisaient à reconstituer l'évocation d'un plus vaste paysage.
En ce tout début du 19e siècle, la culture d'Edo est à son comble avec les inévitables signes de décadence qui l'accompagnent et qui ne trompent pas. L'originalité et les nouveautés vestimentaires qui ponctuaient les époques précédentes n'ont plus cours et la mode est aux vêtements de couleurs sobres voire austères (marron, noir, gris, bleu nuit...) dans des tissus rayés ou ornés de petits motifs répétitifs. Les acteurs de kabuki lancent de nouvelles modes et portent des kimonos dont les motifs sont immédiatement adoptés par la rue.
Le obi se porte plus long et plus large, avec des noeuds imposants (
taiko musubi) justifiant ainsi l'apparition du obijime, cette petite cordelette en soie indispensable qui se noue par-dessus le obi, l'empêchant de glisser en le maintenant bien en place.
Le kimono devient plus long obligeant ainsi les femmes à le maintenir relevé pour marcher plus facilement; seules les servantes le portent tel quel dans sa longueur.
Les coiffures se parent de nombreux accessoires et la base de la nuque est mise en valeur. Les chignons se portent moins volumineux mais leur diversité s'accroît.
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La dernière mode veut que le obi se noue à l'avant en formant un noeud volumineux dit
bunko musubi.
Le col noir qui bordait le kimono du dessus était très en vogue auprès des femmes des quartiers populaires au milieu de la période d'Edo. Cette mode va se généraliser jusqu'à devenir le petit détail "chic" de la tenue aussi bien chez les femmes ordinaires que les geisha et autres serveuses. Les tissages de lignes verticales aux couleurs alternées deviennent également très populaires.
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Tissu à carreaux marron aux lignes de même épaisseur qui rappelle le damier des tables de go.
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Les coiffes de ces trois élégantes étaient très en vogue à l'époque et n'étaient portées que pour sortir; elles étaient maintenues à l'avant par une épingle et doublées de soie rouge.

ANNÉES BUNKA-BUNSEI (1804-1830): l'apogée du style Edo

Évolution des coiffures et apparition du obijime
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Les épingles à cheveux s'ornent à une extrémité d'une petite boule en verre, en corail, en agate... Cette mode n'a jamais disparu et reste toujours en vogue. Des peignes décoratifs mettent les chignons en valeur.
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De grandes épingles plates sont fichées dans la coiffure à l'arrière et sur les côtés. Elles sont décorées de petits éléments saisonniers ou d'armoiries sculptés. Ce style sera populaire auprès de toutes les femmes.
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Coiffure de style "shimada"

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Une des nombreuses coiffures à la mode (tôrôbin) de cette période: ornements en os de baleine ou en écaille de tortue maintiennent cette coiffure élaborée dont la forme évoque certaines lanternes.
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Ces grosses épingles plates en corne sans décoration mais indispensables pour retenir la lourde coiffure deviennent à cette époque un ornement mis en valeur.
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Des éléments en papier washi torsadés qui servaient à retenir la base de la coiffure se montrent et se font décoratifs (papier argenté ou doré). A droite, une courtisane de haut rang et à gauche, une geisha.
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Courtisane appliquant du rouge à lèvres, un produit de luxe à l'époque. Seul le milieu des lèvres est peint, réduisant ainsi la taille de la bouche.
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Les femmes mariées ou majeures se teignent les dents en noir à l'aide d'une poudre métallique.
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Le obijime se généralise: placé par dessus le obi, il le maintient en place.

BAKUMATSU (1830-1867): frime, chic et dandysme

Les lois somptuaires promulguées par le gouvernement shôgunal visaient non seulement à corriger les moeurs et les habitudes mais aussi à interdire tous signes ostentatoires, interdisant l'utilisation de brocarts, de broderies, de certains procédés de teinture... Il en résulta un grand changement dans la mode et les techniques d'ornementation. La grande tendance est aux motifs originaux lancés par les acteurs de kabuki et aux scènes paysagères chez les femmes des classes aisées.
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Une femme un kimono à damiers au col noir et une coiffe qui cache son visage. A cette époque, le haori est interdit.
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Portrait de courtisane où tout paraît excessif et surdimensionné au point que la petite suivante passe presque inaperçue.
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Femme sortant du bain et vêtue d'un yukata: fines rayures associées à des chauve-souris (animal de bon augure) dont la forme reproduit le caractère de "félicité". Encore une influence du kabuki.
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Scène de kabuki: exemples de motifs lancés par des acteurs et qui connaitront une grande popularité.